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Histoire de la source de Charvigne

et de l’arrivée de l’eau courante à Rignieu

 

 

A l’origine de l’eau courante à Rignieu, un habitant de Meximieux : Monsieur Clerc Urbain Victor Marie. D’après les anciens de notre village que j’ai connu lorsque j’allais à l’école (1), en particulier Jean-Marie Duluye (1875-1954), ils nous expliquaient que Monsieur Clerc venait à la chasse à Rignieu et ne trouvait pas d’eau courante pour faire boire son chien : il fallait prendre de l’eau dans les puits. Or l’eau des puits n’était pas très bonne et il y avait souvent des cas de typhoïde.

 

Cet homme n’avait certainement pas d’héritier, il décida de léguer de l’argent pour amener l’eau courante à Rignieu. Il mourut le 6 août 1889. Lors de la session du conseil municipal du 24 août 1889, le maire a donné lecture du testament qui précisait que le hameau de Rignieu héritera de la somme de 15 000 francs (soit 49050 € actualisé), sous conditions de recherches d’eau pour établir des fontaines et abreuvoirs dans le hameau.

 

Cette somme de 15 000 francs fut encaissée en février 1891, à laquelle il fallait ajouter 30 obligations du crédit foncier (montant non précisé). Le conseil municipal autorisa Maître Convert, notaire à Meximieux à vendre les obligations et à les transférer au cours de la bourse qu’il jugera convenable.

 

Mars 1891 : le maire expose au conseil municipal qu’il est urgent de faire des recherches pour trouver une source assez abondante pour que les habitants de Rignieu puisent profiter rapidement du legs de Monsieur Clerc.

 

Le conseil municipal confie la direction des recherches à Monsieur Michel Bouvier géomètre architecte à Meximieux. André Duluye, conseiller municipal de Rignieu (le père de Jean-Marie cité plus haut) fut désigné responsable pour trouver une source. Des fouilles furent faites, avec l’accord du propriétaire au lieu-dit En Charvigne sur la commune de Leyment sur une source existante. Après quelques  terrassements, il s’avéra que le débit était valable : 30 litres/minutes en fin d’été et 60 en période de fortes eaux. (2)

 

La parcelle était en vigne, le propriétaire Monsieur Rollet résidait à Lyon, André Duluye et Monsieur Bouvier se rendirent chez lui, mais le marché ne put avoir lieu.

André Duluye étudie alors la possibilité de capter la source de Sevrieu dans les bois de Leyment et appartenant à Monsieur Meyer de Lagnieu. Cette source est plus abondante, mais beaucoup trop loin et le dénivelé trop important pour que le projet soit réalisable. Plus tard c’est la commune de Sainte Julie qui acquerra cette source

 

  • A la fin de l’année scolaire en 1948, Monsieur Duluye, conseiller municipal, accompagna les enfants des écoles avec les institutrices pour une visite de la source de Charvigne ; le voyage se fit à pied en suivant au plus près le passage de la canalisation. Il est fort regrettable que certains élèves n’aient pas fait le déplacement, car ces points d’eau étaient vitaux pour notre village. Personnellement je connaissais l’emplacement, mon père me l’avait montré, mais les explications fournies par Monsieur Duluye  était très intéressantes
  • J’ai connu un ancien de Leyment : Monsieur Marius Pellet 1889-1979, qui, lorsqu’il était jeune allait à la vigne avec son père, il m’expliquait qu’il allait boire à la source qui se perdait 100 mètres plus bas dans les terrains

 

1893 : le maire créa une commission présidée par André Duluye ayant pour membres tous les conseillers de Rignieu ainsi que Monsieur le Maire. Un devis fut établi par l’architecte pour les travaux de captage, restait l’acquisition du terrain !

 

1896 : c’est en 1896 que l’entente avec le propriétaire put se faire pour l’acquisition du terrain. L’analyse de l’eau par le laboratoire municipal de Lyon s’avéra bonne et pure.

 

Monsieur Bouvier fit une proposition à 1000 francs acceptée par le propriétaire âgé et malade. C’était cher, mais cette parcelle de vigne produisait soit disant beaucoup et de vin de qualité !!! (3)

1897 : l’acquisition de la parcelle fut signée en novembre 1897, le conseil municipal fit renoncer aux propriétaires voisins tous détournements de la source pour leurs besoins personnels.

Un second devis de captage établit en novembre 1897 s’élevait à la somme de 1147.98 francs plus 55 francs de dommages aux propriétaires voisins pour diverses dégradations. Les travaux furent effectués début 1898.

 

Pour l’ensemble des travaux, il était prévu un abreuvoir au centre du village, un autre dans la côte (au bout du jardin de l’école) et un lavoir. Dans un premier temps le lavoir était prévu dans le jardin de la ferme de Monsieur Collomb contre la propriété Duluye au nord du parking actuel (rue de l’école).

 

Monsieur Collomb n’était pas vendeur, il ne voulait pas aller jusqu’à l’expropriation, il demanda à la commune de réfléchir à un autre emplacement. Au nord du jardin de l’école, une petite parcelle de 1are 25 appartenant à Mademoiselle Duluye Marie-Thérèse, pour laquelle l’architecte fit une offre à 50 francs. Elle fut d’accord pour vendre, ensuite elle proposa de céder gratuitement la parcelle à condition que le trop plein du lavoir irrigue sa propriété de l’autre côté du chemin (à l’époque ce n’est pas en bois), proposition qui fut validée par le conseil Municipal.

 

Malgré une opposition de certains habitants du village qui voulaient le lavoir plus près du centre du village,  il y eut un vote (23 contres sur 51) (4), il fut donc construit sur l’emplacement gratuit, quant à l’abreuvoir, il fut placé plus haut à côté de l’entrée de l’école.

 

La promesse de cession fut signée le 20 mars 1898, et confirmée début 1899.

 

Le 10 octobre 1898, l’architecte établit un devis pour l’ensemble des travaux chiffrés à 15 752.81 francs plus 7% d’honoraires pour le maître d’œuvre soit 16 855.50 francs. Le devis fut approuvé par le conseil municipal le 12 octobre 1898. Un entrepreneur de Lyon, monsieur Delogé proposait de faire les travaux pour 14 600 francs ; L’appel d’offre étant obligatoire, il ne se soumissionna pas, il n’avait peut-être pas de bonnes références. L’adjudication des travaux eut lieu le 20 octobre 1898. 8 soumissionnaires avaient présenté un projet.

 

C’est l’entreprise Abel Louis de Bourg en Bresse qui fut retenue avec un rabais de 2% : 15 752.81-2%=

15437.76 francs soit une remise de 315.05 francs, honoraires du maître d’œuvre 1 080.64 francs.

 

Un cahier des charges fut établit le 12 novembre 1898 approuvé le 6 décembre 1898 par le Préfet.

 

 

 

(3)1000 francs de l’époque correspond à 3270€, pour 6 ares35 achetés soit plus de 50 000 € l’hectare, alors qu’actuellement le terrain agricole est estimé à 4 000 € /hectare en moyenne, peut-être plus pour la vigne ? Mais pas à Leyment

 

(4)Seuls les hommes avaient le droit de vote, mais c’était les femmes qui allaient au lavoir

 

La préfecture approuva le marché le 4 janvier 1899, il fut enregistré à la perception de Lagnieu le 27 janvier 1899. Suite à l’adjudication et avant le commencement des travaux, l’entrepreneur dut verser 10% du montant de la soumission soit 1 575 francs en garantie de la bonne exécution des travaux, somme versée  à la caisse des dépôts et consignations.

 

Les travaux ont débuté fin janvier 1899 pour se terminer fin avril de la même année. 43 tonnes de tuyaux  en fonte ont été nécessaires. L’approvisionnement devait se faire par la gare la plus proche, et, ensuite avec les chevaux, la main d’œuvre n’était pas chère, sachant qu’un cheval transportait environ une tonne.

 

La longueur totale des canalisations est de 2 536 mètres. Depuis la source jusqu’au tabouret de distribution situé sur le chemin de Mont Dey : 1 885 mètres, puis jusqu’à l’abreuvoir vers l’école 320 mètres et vers l’abreuvoir du centre 331 mètres.

 

Les fouilles étaient certainement faites à la main, cela parait incroyable d’exécuter un chantier aussi important en si peu de temps. 120 ans plus tard, avec les engins modernes on ne fait pas beaucoup plus vite, mais avec 10 fois moins de personnel !

 

Le trop-plein de l’abreuvoir du centre du village risquait de transformer le chemin en direction de Chazey en marécage ; Il fut canalisé pour alimenter le lavoir avec le trop plein de l’abreuvoir vers l’école. Le devis pour cette canalisation date du 15 avril 1899 (peu de temps avant la fin des travaux), une conduite en tuyau ciment de 5 cm de diamètre, sur 260 mètres pour un coût de 702 francs.

 

La réception provisoire des travaux eut lieu le 15 mai 1899, aucune malfaçon ne fut signalée. La réception définitive eut lieu le 15 juin 1900, après une année de fonctionnement.

Coût total  des travaux (source INSEE 1€= 3.27 francs 1900):

 

 

Coût en francs

En €

Achat de la parcelle

1 000.00

3270

Travaux     préliminaires                  de captage de la source

1 202.98

3933.75

Montant        des                     travaux soumissionnés

15 437.76

50 481.48

Travaux supplémentaires dont canalisation du trop- plein des abreuvoirs

1 479.88

4839.21

Honoraires        du                         maître d’œuvre

1 080.64

3533.69

 

20 201.26

66 058.12

Coût des travaux réalisés en 1922

3 000

2 634.51

 

 

Aujourd’hui, avec les charges, les tarifs ont beaucoup évolués.

 

Ces travaux n’ont rien coûté aux contribuables de la commune, le legs de Monsieur Clerc fut largement suffisant. Dans plusieurs délibérations du Conseil Municipal des années 1890, il est précisé que la commune n’interviendrait pas financièrement sur ce chantier.

 

Le lavoir : il n’existe aucune archive dans les délibérations du Conseil Municipal sur la construction du lavoir qui eut lieu l’année suivante. Le chantier fut terminé en 1902, la date était inscrite sur le mur côté jardin de l’école. On l’apercevait encore à la fin des années 1940 avant que les intempéries ne l’effacent complètement.

 

C’est donc plus de 10 ans après le décès de Monsieur Clerc que le projet fut terminé. 3 maires différents se succédèrent pendant la réalisation du projet : Messieurs Gavant, Guigard et Chevrier de Corcelles.

 

L’eau potable gratuite représenta un évènement pour Rignieu qui comptait 176 habitants en 1899 sur les 626 de la commune. Chacun disposait de 210 litres/jour en période de sécheresse et 480 litres/jour au printemps. Depuis quelques années le débit a beaucoup baissé. Monsieur Clerc fut considéré à l’époque par les habitants de Rignieu comme un bienfaiteur, bien que très peu de gens l’ai connu. De nos jours, mériterait-il une rue à son nom ?

1922 : le captage de la source s’étant sérieusement dégradé, il fallut refaire la pierrée à l’arrivée de l’eau. Le réservoir fut agrandi, avec un système de dessablage efficace. Ce projet fut confié à Monsieur Babey architecte à Lagnieu, c’est l’entreprise Besserve de Sainte Julie qui exécuta les travaux pour la somme de  3 000 francs.

 

Depuis 120 ans, l’eau arrive toujours aux abreuvoirs de Rignieu, il y eut quelques détériorations de la canalisation lors des travaux d’égouts, du passage de la voie ferrée… mais tout fut réparé. Début 2019, la canalisation à la sortie du captage a dû être changée suite à des obturations par des racines d’arbres. Ce travail de déboisement a été réalisé par des volontaires du village et la tranchée par l’entreprise Philippe Cagnin. En 2020, suite à des projets de constructions, la canalisation devra être légèrement détournée, car il est interdit de construire sur un réseau existant.

 

Jean Pirod 2019, photo Chantal Duluye

 

                                                                              

 

 

 

                                                   

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